Notes sur un gouvernement de coalition

[le 2 décembre 2008 1 h 25]

Les conservateurs sont à la tête d’un gouvernement minoritaire

Lors de la dernière élection, seulement 37 % de la population a voté pour les conservateurs, les autres partis en lice récoltant plus de 60 % des votes. Les conservateurs ont été portés au pouvoir à titre de gouvernement minoritaire. La population s’attend donc à ce que le gouvernement gère les affaires du pays avec l’appui des membres de l’opposition qui siègent à la Chambre des communes.

Les conservateurs jouent à l’autruche dépassés par la crise économique

La semaine dernière, les conservateurs ont déposé la Mise à jour économique et financière, laquelle aurait dû prévoir des mesures pour stimuler l’économie. Plutôt, les conservateurs ont choisi de réduire les dépenses publiques, de diminuer les paiements de péréquation et de donner le feu vert à la vente de biens publics. Ils se sont également attaqués aux droits des travailleuses et travailleurs de la fonction publique fédérale, notamment au droit à l’équité salariale.

L’énoncé économique a laissé les économistes perplexes.

[Notre traduction]

« Beaucoup de nous sont sidérés par les priorités du gouvernement. Où donc a-t-il la tête? » (Douglas Porter, économiste en chef délégué, BMO Marché des capitaux)

« Ce n’était vraiment pas la voie à suivre. » (Carlos Leitao, économiste en chef chez Valeurs mobilières Banque Laurentienne)

« Une telle politique ne fera rien pour freiner la récession; elle risque même de la précipiter. » (Jagdish Handa, économiste, Université McGill)

(Source : Macleans.ca)

Chassez le naturel, il revient au galop

À peine deux semaines après la rentrée parlementaire, l’esprit de collaboration tant prôné par les conservateurs dans leurs déclarations s’envolait en fumée. En effet, ils sont revenus à leurs anciennes tactiques, celles-là mêmes qui avaient réussi à empoisonner les débats de la dernière législature.

L’énoncé économique prévoit l’abolition du financement public des partis politiques, une mesure qui ne faisait pas partie du programme des conservateurs lors des dernières élections (ni des trois dernières) et qui n’a jamais fait l’objet d’un débat public.

La formule d’allocation par vote obtenu a été établie après que le gouvernement de l’époque eût décidé d’interdire aux grandes entreprises et aux syndicats de verser des dons qui souvent étaient colossaux. Le financement public des partis est pratique courante dans la plupart des démocraties. Il assure en quelque sorte que le régime politique représente tous les citoyens et toutes les citoyennes et pas seulement les mieux nantis qui peuvent verser des contributions au parti de leur choix.

Il est vrai, le gouvernement s’est ravisé. Il est revenu sur sa proposition d’abolir le financement public des partis politiques et sur celle de suspendre le droit de grève des fonctionnaires fédéraux. Il faut quand même se demander pourquoi il a décidé d’inclure de telles propositions, aussi futiles que provocantes, dans son énoncé si ce n’est parce qu’il voulait semer la discorde parmi les parlementaires. Et la question se pose : le gouvernement ne cherche-t-il pas à détourner l’attention des Canadiens et des Canadiennes de la crise économique et de son incapacité à trouver des solutions?

Les attentes de la population à l’égard du gouvernement fédéral

Les Canadiens et Canadiennes s’attendent à un gouvernement qui a le courage d’agir afin d’éviter que le pays ne sombre sous le poids d’une récession. Le gouvernement Harper s’en montre incapable!

Les Canadiens et Canadiennes s’attendent à un gouvernement qui, guidé par ses obligations constitutionnelles, élabore des stratégies budgétaires et financières respectueuses des droits fondamentaux de la personne, y compris du droit des femmes à l’égalité.

Les Canadiens et Canadiennes s’attendent à un gouvernement qui honore les droits sociaux et économiques sanctionnés par les instruments internationaux dont le Canada est signataire. C’est la démocratie à l’œuvre. Un gouvernement responsable se doit de respecter et de promouvoir les droits de ses citoyens et citoyennes.

La raison nous offre un autre choix

Déclencher de nouvelles élections, au coût de 300 millions de dollars, serait un affront à la démocratie. Une dépense d’ailleurs que le Canada ne peut se permettre alors que le pays est plongé dans l’une des pires crises économiques de son histoire.

Former un gouvernement de coalition, c’est agir de manière responsable sur le plan financier et démocratique, c’est s’assurer que le Parlement travaillera pour le bien des Canadiens et Canadiennes.

Ce sont les travailleuses et travailleurs qui seront les perdants si rien n’est fait pour protéger leurs biens, leurs maisons et leurs emplois. Le gouvernement Harper se laisse aller au jeu de la partisanerie alors qu’il devrait agir dans l’intérêt du pays et intervenir sur le plan économique.

La crise dépasse les frontières du Canada, elle est mondiale. Il faut passer à l’action, créer un gouvernement de coalition apte à gouverner dans l’intérêt du pays et non dans son propre intérêt. L’heure est trop grave pour laisser les rênes du gouvernement entre les mains d’un premier ministre aveuglé par la partisanerie.

Un gouvernement de coalition : une solution de rechange

Dans un régime de démocratie parlementaire, le parti au pouvoir peut seulement gouverner s’il a la confiance des représentants élus qui siègent à la Chambre des communes. Lorsque le gouvernement est minoritaire, il capital d’obtenir cette confiance.

Les votes de confiance n’ont plus de secret pour les conservateurs. En effet, ils ont essayé plus d’une fois d’acculer l’opposition à un vote de confiance au cours de la dernière législature. Rien n’empêche les partis d’opposition de voter contre le gouvernement. Toutefois, si le gouvernement est défait à la suite d’un vote de confiance, la gouverneure-générale a le pouvoir de donner aux autres partis l’occasion de former un gouvernement, soit un gouvernement de coalition. Et tout se fait dans la plus grande légalité et la plus grande transparence.

Opinion des conservateurs sur le principe d’un gouvernement de coalition

Il y a quatre ans, Stephen Harper ne voyait rien de mal à travailler avec le NPD et le Bloc québécois alors qu’il s’apprêtait à renverser le gouvernement minoritaire de Paul Martin. En fait, Stephen Harper, Jack Layton et Gilles Duceppe avaient même écrit une lettre à la gouverneure-générale Adrienne Clarkson. Voici ce qu’avait à dire M. Harper sur la situation si le gouvernement de Paul Martin était défait à la suite d’un vote de confiance : [Notre traduction et traduction Le Devoir]

« À titre de chefs de l’opposition, nous savons fort bien qu’en raison de la situation minoritaire du gouvernement libéral, le Premier ministre pourrait vous demander de dissoudre la 38e législature à n’importe quel moment si la Chambre des communes refusait d’appuyer une partie du programme du gouvernement. Nous faisons valoir avec respect que les partis d’opposition, qui ensemble représentent une majorité à la Chambre, sont en discussions très étroites. Nous croyons que si le gouvernement vous demandait de dissoudre la Chambre, vous devriez consulter, comme la pratique constitutionnelle le veut, les chefs de l’opposition et considérer toutes les options avant d’exercer votre autorité. Nous vous sommes reconnaissants de l’attention que vous voudrez bien porter à la situation. » (Le 9 septembre 2004)

Voici ce qu’il a à dire quatre ans plus tard :

[Traduction tirée du blogue de Chantal Hébert] « L’opposition est tout à fait en droit de défaire le gouvernement. Mais Stéphane Dion n’a pas le droit de prendre le pouvoir sans élections. » (Le 28 novembre 2008)

Maintenant que la survie du gouvernement de M. Harper est menacée, il est loin d’être aussi prêt à accepter des solutions de rechange qui lui semblaient pourtant envisageables au moment où il aurait pu profiter d’une situation de gouvernement minoritaire.

Et il y a quatre ans, il n’y avait rien de mal à ce qu’il s’entretienne avec le NPD et le Bloc. Alors pourquoi les libéraux devraient-ils s’en priver? Deux poids, deux mesures?

Un gouvernement de coalition pour un Parlement qui marche

Il faut s’attendre à ce qu’il y ait des débats au sein d’un gouvernement de coalition et à ce qu’il doive faire des choix. Il n’y a rien de mal à se livrer à de sains débats. Et c’est certainement mieux que la situation actuelle. Plutôt que d’investir dans l’emploi et la main-d’œuvre, le gouvernement Harper prévoit réduire, l’année prochaine, les dépenses de près de deux milliards de dollars. À cela s’ajoute la réduction des paiements de péréquation de près de 1,8 milliard de dollars et de cinq milliards, l’année suivante. Le gouvernement entend récolter plus de deux milliards de dollars par la vente de biens publics.

Le gouvernement Harper n’a aucun plan concret pour régler la crise et entend freiner le ralentissement de l’économie en pratiquant des compressions plutôt qu’en investissant dans l’emploi et la main-d'œuvre.

Le gouvernement Harper s’est montré sous son vrai jour : il s’attaque aux travailleurs, aux femmes, à tout ce qui est contre lui.

Le gouvernement Harper n’a plus l’autorité morale de gouverner. Son mandat a été renouvelé à titre de gouvernement minoritaire. Ce faisant, les électeurs et électrices lui envoyaient un message très clair : gouverner dans le respect de la procédure parlementaire pour unir et non diviser. Le gouvernement n’a pas entendu le message.

Les conservateurs sont désespérés : ils s’accrochent au pouvoir. Ils auraient pu gouverner en respectant la volonté des Canadiens et des Canadiennes. Ils ont raté leur chance.